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Que penser des chiffres d’Albert Mehrabian ?

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Pour témoigner de la part importante du non-verbal lors de nos interactions, conférenciers et formateurs nous livrent systématiquement en introduction de leurs interventions les résultats de «l’expérience de Mehrabian». Ainsi il est présenté que 7% de la communication passe par le verbal, 38% par le para-verbal et 55% par le non-verbal. Mais qu’en est-il réellement et d’où proviennent ces résultats ?

Les chiffres de Mehrabian

Albert Mehrabian est un professeur de psychologie aux Etats-unis. En 1971 il publie les résultats de deux expériences faites en 1967, qui avaient pour objet d’étudier le rôle des expressions faciales dans la perception de la sympathie.
Les expériences de Mehrabian
La première étude de Mehrabian portait sur l’impact du verbal et du para verbal. Pour cela les sujets devaient écouter neuf mots, répartis de la manière suivante :
  • 3 mots à connotation positive : «miel», «très chère» et «merci»
  • 3 mots à connotation neutre : «peut-être», «réellement» et «oh»
  • 3 mots à connotation négative : «non», «brutal», «terrible»
De plus, les mots étaient également prononcés avec différentes tonalités (neutre, positive et négative). Après avoir écouté ces mots les sujets étaient invités à associer une émotion. Les résultats montrent que dans l’attribution d’une émotion les sujets se basaient davantage sur les tonalités dans lesquels les mots étaient prononcés que sur la signification du mot en lui-même. Ainsi, dans l’attribution d’une émotion à partir de mots prononcés les conclusions de l’étude montrent que le canal para verbal jouait un rôle plus important que le canal verbal.
La seconde expérience de Mehrabian, portait sur le para verbal et le non verbal. Les sujets devaient écouter l’enregistrement vocal d’une femme prononçant le mot « peut-être » avec une intonation neutre, une intonation positive et une intonation négative. Ensuite, les auteurs montraient aux sujets trois photos de visages de femmes exprimant :

  • une expression faciale d’émotion positive
  • une expression faciale neutre, sans émotion particulière
  • une expression faciale d’émotion négative

Les sujets devaient alors attribuer des caractéristiques de personnalité (sympathique ou non sympathique) à la personne présentée en photo et en fonction de la voix qui y était associée. Les résultats de cette deuxième expérience montrent que le canal visuel, donc non-verbal, était décisif dans la perception de la sympathie lorsque le canal verbal ne permettait pas aux sujets de se faire une opinion.

En 1971, Albert Meharabian publie les chiffres combinés de ces expériences, représentant les parts que prennent le verbal, le para verbal et le non verbal, dans l’attribution du degré de sympathie. C’est ainsi que 7% de la communication passe par le verbal, 38% par le para-verbal et 55% par le non verbal :

Que penser de ces résultats ?
Face à l’engouement de la publication de ces chiffres et de leur surgénéralisation, Albert Mehrabian a relativisé ces résultats et insisté sur l’importance de les replacer dans leur contexte. En effet, les chiffres obtenus ont été obtenus dans une tâche bien particulière, à savoir celle d’attribution la perception de la sympathie. Dans quel mesure sont-ils donc généralisables à des situations d’intéractions et de communications ? La sphère scientifique a souvent remis en question la pertinence de la généralisation de ces résultats car :
  • Ils ont été obtenus dans un contexte particulier, répondant à un cadre expérimental spécifique
  • Les choix des mots et la définition des « types » d’intonation avaient un caractère subjectif
  • Les expériences avaient été réalisées uniquement auprès de femmes
  • Trop d’aspects de la communication non verbale avaient été ignorés
Malgré les précautions à prendre lorsque l’on cite les chiffres de Mehrabian, il apparaît que le non verbal tient bien une place prédominante et primordiale dans notre appréciation des situations et de notre communication.

À propos Benjamin Elissalde

Rédacteur, spécialisé dans l'étude du comportement non verbal, la psychologie du mensonge et les entrevues d'enquête.

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