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L’intelligence émotionnelle ne facilite pas la détection du mensonge !

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Etre capable d’identifier si quelqu’un ment ou dit la vérité pourrait être très utile dans plusieurs situations sociales, comme les auditions de police ou les entretiens de recrutement. Malheureusement les personnes sont globalement peu compétentes pour détecter les mensonges puisque la performance moyenne est de 50% (comme le hasard). Même si ce taux moyen laisse à désirer, existerait-il des personnes plus douées ?

C’est ce qu’O’Sullivan et Ekman ont soutenu à l’issue d’un vaste projet de recherche mené sur plus de 20000 personnes (Wizard project). Seule une cinquantaine de personnes arrivaient à déceler la tromperie à plus de 80% et à chaque fois. Ces personnes naturellement douées ont été nommées des Wizards (magiciens). Elles arriveraient à de telles performances en raison, à la fois, de leur grande intelligence émotionnelle, et de leur capacité à identifier les indicateurs non-verbaux du mensonge. Par exemple, les micro-expressions faciales (elles ne sont pourtant pas pertinentes pour repérer les mensonges). Bien que les résultats du projet Wizard aient fait l’objet d’une controverse scientifique, ces propositions ont été largement popularisées dans les médias et séduisent également de nombreux praticiens. Il existe cependant peu de preuves scientifiques.

En 2019, Roulin et Ternes ont testé ces propositions à travers trois études réalisées sur différents échantillons et en utilisant plusieurs mesures de l’intelligence émotionnelle. Les auteurs ont évalué les performances de détection du mensonge de plusieurs manières (entretien face-à-face ou à partir d’une vidéo), et dans plusieurs contextes (un simple échange ou lors d’un entretien de recrutement simulé). Les niveaux d’intelligence émotionnelle et de scepticisme des participants ont été mesurés. Enfin, les mouvements des yeux ont été analysés afin de relever la confiance que les participants accordaient aux informations non-verbales.

Les résultats ont montré que les personnes ayant une grande intelligence émotionnelle se basaient davantage sur les informations non verbales. Par contre, l’intelligence émotionnelle, le scepticisme et l’utilisation des indices non-verbaux n’ont pas été liés aux performances de détection du mensonge.

Ces données corroborent d’autres résultats montrant qu’une forte intelligence émotionnelle n’améliore pas les taux de détection de mensonges émotionnels (e.g., faire semblant d’être triste). Voir même que la capacité à percevoir les émotions d’autrui (une sous-composante de l’intelligence émotionnelle) était négativement liée à la détection du mensonge (Baker et al., 2013). Roulin et Ternes (2019) soutiennent ainsi que les hautes performances attribuées aux Wizards (en raison de leur haute intelligence émotionnelle et de leur compétence d’observation du non-verbal) tiennent davantage du mythe que d’une réalité scientifique. Est-il alors temps d’abandonner l’idée de l’existence de Wizards ?

Référence : Roulin, Ternes (2019). Is it time to kill the detection wizard? Emotional intelligence does not facilitate deception detection. Personality and individual differences. 137, 131-138.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie. Auteur du livre "Le Mensonge : Psychologie, applications et outils de détection".

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