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L’universalité des émotions reconsidérée

Les expressions faciales de joie, de colère, de dégoût, de surprise, de peur, de mépris et de tristesse sont considérées universelles. Ces affirmations semblent acquises mais si finalement ces émotions n’étaient pas si partagées entre les différentes cultures ? C’est ce que laisse penser les dernières études.

Il existe sept expressions faciales universelles ! L’origine de cette affirmation prend, notamment, sa source dans une série d’études réalisées dans des tribus reculées du Pacifique entre les années 1969 et 1975. Une célèbre étude est celle d’Ekman qui avait étudié la reconnaissance des expressions faciales chez des Papous de Nouvelle-Guinée.

Il faudra ensuite attendre 2008 que de nouvelles études soient conduites sur des tribus reculées notamment en Afrique et en Amérique du sud (une nouvelle tribu avait été découverte en Amazonie). Toutefois, ces récentes observations ont davantage semer le trouble sur l’universalité des émotions plutôt que de renforcer cette théorie. Elles ont révélé une diversité – plutôt qu’une uniformité – de façons pour donner du sens aux expressions faciales.

Selon Gendron, Crivelli et Barrett (2018) ces nouveaux résultats supportent davantage la vision d’une perception des émotions construite par la culture (perceiver-constructed view of emotion perception). Les personnes sont alors considérées comme des observateurs actifs qui vont catégoriser les mouvements faciaux en fonction de règles et de concepts culturellement appris.

Il apparaît que les personnes identifient de manière constante la même intensité émotionnelle et la même valence (considérer une expressions plaisante ou déplaisante) d’une expression faciale. Par contre de fortes différences apparaissent entre les cultures lorsqu’il s’agit de nommer les émotions.

Cela veut par exemple dire qu’une expression faciale considérée comme de la colère très intense par des français, sera perçue comme une émotion négative très intense dans toutes les cultures, mais que cette même expression sera nommée différemment dans les autres cultures (peur, rage, etc.).

Il est en de même pour les tendances à l’action (action readiness), c’est le processus qui consiste à inférer une action proche à partir des expressions faciales observées. Par exemple, le fait d’écarquiller les yeux (AU 5) est interprété comme un signal d’attaque par la tribu des Torbiand alors que les américains perçoivent cet indicateur comme un signal de peur et de soumission.

Enfin, certaines cultures considèrent les mouvements faciaux comme un comportement à part entière, et non comme l’expression d’une émotion (ou d’un tout autre état interne). Ainsi, au même titre que marcher, on fronce les sourcils, on presse les lèvres et on hausse les sourcils, sans qu’il y ait de signification sur ce que cela peut émotionnellement représenter.

Les auteurs proposent alors de reconsidérer la vision que l’on a des émotions et la manière de les étudier. Une dernière question se pose alors : faut-il abandonner l’idée communément relayée de l’existence de sept émotions universelles ?

Référence : Gendron, Crivelli, Barrett. (2018). Universality reconsidered: diversity in making meaning of facial expressions. Current directions of psychological science. 1-9.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie, il dirige d'ADN Research, la filiale scientifique d’ADN Group.

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