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Elisabeth Fresnel « On définit plus facilement une mauvaise voix qu’une bonne voix »

elizabeth fresnelProfessionnelle de la voix, Elisabeth Fresnel a su s’entourer d’une équipe de spécialistes différents mais complémentaires pour offrir à la clientèle de son institut une réponse adaptée à ses soucis de communication. Dans un monde où une bonne utilisation du para-verbal demeure très importante…

Interview d’Elisabeth Fresnel

Hugues Hippler : Lorsque nous avons pris contact, j’ai appris que vous étiez une professionnelle de la voix. Vous avez toutefois précisé la nuance entre votre discipline et l’orthophonie classique. Pour quelles raisons ?

Elisabeth Fresnel : Je suis médecin phoniatre. Mon métier se différencie vraiment de la profession d’orthophoniste.
Le médecin phoniatre est celui de la communication, de la voix, de la parole, du langage et de l’audition. Aujourd’hui, nous ne sommes plus qu’une poignée en France, cette discipline n’étant plus vraiment enseignée.*

Hugues Hippler : Comment expliquez-vous cette vocation, la bien-nommée, autour de l’univers de la voix ?

Elisabeth Fresnel : J’ai toujours été sensible à la musique. J’ai joué longtemps du piano. Mon père en jouait à ses heures perdues et mon parrain était le président du cercle Wagner. Ce dernier m’a emmenée adolescente à l’opéra pour la première fois ! J’ai également pris quelques cours de chant et suivi un petit cursus de théâtre à Paris, à l’Actor studio.

Hugues Hippler : Vous avez créé un institut et vous êtes entourée d’autres corps de métiers. Quelle en est la genèse ?

Elisabeth Fresnel : L’idée de départ était de créer une structure originale associant différents professionnels mettant en commun leur savoir et leur expérience pour prendre en charge les troubles de la voix chez les professionnels de la voix. L’institut accueille donc autour de moi des orthophonistes, un professeur de chant, un kinésithérapeute respiratoire, un ostéopathe. Notre groupe se compose aussi de psychologues cliniciens. Il est vraiment important d’avoir une équipe pluridisciplinaire à même de mettre en commun ses compétences.

Hugues Hippler : Quelle est votre clientèle ?

Elisabeth Fresnel : Les personnes qui utilisent leur voix dans un cadre professionnel. Nous sommes une structure privée et proposons aussi des formations, notamment pour des écoles de chant et comédies musicales, mais aussi la médecine des Arts et les musées nationaux. Notre public est également pourvu d’intermittents du spectacle et de chanteurs lyriques. Nous travaillons sur l’essence même de leur métier, la voix, mais aussi sur l’autour, sur comment passer une audition, par exemple. Notre site internet explique ce que nous proposons.

Hugues Hippler : Concrètement, comment peut-on savoir qu’une voix est bonne ou mauvaise ? Pour celui qui souhaite être charismatique et être entendu, quelle est la « voix » du succès ?

Elisabeth Fresnel : On définit plus facilement une mauvaise voix qu’une bonne voix. La raison est qu’il y a un côté très subjectif qui fait que l’on aime ou pas le son émis par quelqu’un. Il en va de même dans les autres domaines : on aime un plat plutôt qu’un autre, on apprécie un tableau ou une musique…

Hugues Hippler : Existe-t-il des constances néanmoins ?

Elisabeth Fresnel : Les voix aiguës sont en général mal perçues, elles agacent et irritent !
Ce qui est important, c’est la capacité d’intonation. Plus une voix est intonative, c’est-à-dire qui couvre une octave de largeur de gamme chez un professionnel, plus ses qualités esthétiques et de communication sont importantes.

Hugues Hippler : Qu’est-ce qui peut justifier l’aide d’un phoniatre ou la venue dans votre institut ?

Elisabeth Fresnel : Les causes de consultation chez le phoniatre sont multiples : les plaintes des patients sont tout d’abord liées aux troubles de la voix parlée, et la gêne en fonction de l’utilisation professionnelle ou non de celle-ci. Les troubles peuvent aussi être liés à la voix chantée, qu’il s’agisse d’une activité professionnelle ou d’un simple hobby, comme la chorale. Des problèmes de voix projetée, chez les comédiens ou les gens qui ne savent pas parler fort, qu’on n’entend pas et qui sont souvent obligés de répéter, nécessitent notre intervention. Il y a aussi tout simplement les gens qui n’aiment pas leur voix et tout un catalogue de besoins qui va de la demande de gommer un accent, à celle d’apprendre à rouler les /r/…

Hugues Hippler : Comment s’oriente votre travail ?

Elisabeth Fresnel : Comme vous pouvez le découvrir sur notre site, le bilan phoniatrique tel que je le pratique comprend un long entretien préalable pour comprendre ce dont le patient se plaint, et ce vers quoi il veut arriver, ses conditions de travail, son environnement, ses hobbies.
Une recherche autour de facteurs aggravants comme le tabac, les médicaments, les allergies, les antécédents chirurgicaux, médicaux, traumatiques, les reflux gastro-oesophagiens, la pollution, est engagée.

Il s’agit d’un bilan fonctionnel. On regarde aussi comment le patient respire. Sa posture est étudiée, sa voix est écoutée. On observe son articulation, on écoute la voix ; elle dit parfois quelque chose différent des mots. Des mesures acoustiques sont faites avec un électro-laryngographie qui relève les fréquence fondamentale, régularité de la voix, capacité d’intonation et qualité de l’accolement des cordes vocales.
Une endoscopie laryngée au tube rigide avec stroboscopie pour étudier la morphologie des cordes vocales, leur mobilité ou accolement, est aussi proposée. Au terme de ce bilan qui dure environ 30 minutes, diagnostic et conseils sont présentés. Cela va du traitement médical, à la rééducation orthophonique, les cours de chant, mais aussi la psychothérapie.

Hugues Hippler :  Une psychothérapie ?

La psychothérapie cognitivo-comportementale peut être utile en cas d’anxiété de performance caractérisée par le trac, pour la gestion du stress, de l’ anxiété et l’affirmation de soi. Certains patients ont des difficultés vocales. Ils n’aiment pas leur voix et donnent une fausse impression de ce qu’ils sont ou ressentent à cause de celle-ci. Ils se réfugient dans une « non communication ». Il est alors indispensable de leur redonner confiance.

Site internet du laboratoire de la voix: laboratoiredelavoix.com

Propos recueillis par Hugues Hippler

*Le DIU de phoniatrie (3 ans) n’est plus, la reconnaissance de phoniatre par le conseil de l’Ordre des médecins, sur titres et travaux, ayant été supprimée. Ceux qui ont fait le DIU ne peuvent user du titre de phoniatre. Le but étant d’harmoniser les diplômes à l’échelon européen. En attendant, aucune solution n’a été trouvée.

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