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Vincent Denault “La communication entre un avocat et son client se doit d’être sincère et efficace !”

Vincent Denault est avocat à Montréal. Parallèlement à sa pratique juridique, il s’est spécialisé en matière de communication non-verbale et met au service du milieu juridique et des affaires les nombreuses compétences qu’il a su développer.

 

 

 

 

 

 

Interview de Vincent Denault

Hugues Hippler : Vincent, présentez-vous à nos lecteurs ! Qui êtes-vous, quel lien tissez-vous avec la communication non-verbale ?

Vincent Denault : Avant toute chose, permettez-moi de vous remercier, vous et votre équipe, pour l’opportunité de partager avec vos lecteurs mon quotidien. Je suis avocat, mon bureau est situé à Montréal au Canada. Ma pratique suit deux axes différents, bien qu’intimement liés, soit le litige et la communication non-verbale. De façon plus traditionnelle, je représente des clients devant les tribunaux. Je plaide devant différents tribunaux civils et administratifs de la province du Québec. C’est le premier axe. De façon moins traditionnelle, j’ai développé une importante sélection de compétences et d’habiletés en matière de communication non-verbale que je mets au service du milieu juridique et des affaires. C’est le deuxième axe.

Hugues Hippler : En quoi consiste, plus spécifiquement, la profession d’un avocat qui œuvre en litige ?

Vincent Denault : Une partie importante de la pratique d’un avocat qui œuvre en litige consiste à plaider devant les tribunaux. Dans mon cas, le travail commence au moment de la rencontre initiale avec le client qui m’explique le problème pour lequel il requiert mon aide et prend habituellement fin suite à l’obtention d’un jugement final, après qu’un procès ait eu lieu. Entre la rencontre initiale et le jugement final, en plus de la préparation du dossier, je suis parfois appelé à me déplacer au tribunal pour plaider certaines requêtes, à interroger les parties adverses et à négocier, entre autres.

Hugues Hippler : Comment avez-vous découvert l’importance de la communication non-verbale ?

Vincent Denault : Dans le cadre de ma pratique professionnelle, j’ai découvert son importance lors de la rencontre initiale avec un de mes premiers clients, il y a quelques années déjà. Après m’avoir expliqué le problème pour lequel il requérait mon aide, lorsque je commençais à lui expliquer ses droits et obligations, j’ai observé l’esquisse très faible d’un mouvement de l’index de sa main droite qui s’est à peine levé de l’appui-bras, comme lorsqu’un individu veut poser une question. Après mes explications, j’ai alors demandé au client s’il avait autre chose à ajouter, par rapport à ce dont il avait été question quelques minutes auparavant, alors que j’avais fait l’observation. Surpris, le client m’a finalement mentionné d’autres faits qu’il n’avait pas déjà mentionnés, les croyant sans importance, mais qui au contraire étaient vraiment importants. Si je n’avais pas posé la question, la suite du dossier aurait été toute autre.

Hugues Hippler : Quel rôle a la communication non-verbale dans votre pratique juridique, par exemple au moment cette première rencontre ?

Vincent Denault : Au moment de la rencontre initiale, l’établissement d’un lien de confiance entre l’avocat et le client est fondamental, comme son développement et son entretien tout au long du mandat. Il est essentiel que la communication soit sincère et efficace, non seulement l’avocat doit s’assurer de transmettre correctement son message, mais celui-ci doit bien comprendre le message transmis par le client. Si le choix des mots est d’une importance incontestable, la communication non-verbale l’est aussi et l’avocat doit être à l’écoute de ce qui n’est pas dit, comme devrait l’être tout professionnel. Non seulement pour qui la recherche de la vérité est une priorité, mais aussi pour qui la communication sincère et efficace a une incidence.

Hugues Hippler : Par extension, quel est son rôle lors d’un procès ?

Vincent Denault : Il est indéniable, du début à la fin d’un procès, notamment lors des plaidoiries et des contre- interrogatoires. Imaginez ma surprise lorsqu’en décembre 2012, j’ai lu le jugement R. c. N.S. de la Cour suprême du Canada ! La Juge en chef du Canada soutenait que la communication non-verbale pouvait donner au contre-interrogateur de précieux indices susceptibles de révéler l’incertitude ou la tromperie, et l’aider à découvrir la vérité. Le plus haut tribunal du Canada venait d’adopter une position semblable à la mienne ! Cependant, j’ai pensé: «Encore faut-il que le contre-interrogateur sache quoi observer, comment analyser ses observations et comment s’y adapter ».

Hugues Hippler : Dans une profession comme la vôtre, la communication non-verbale semble être un outil supplémentaire. Est-elle fiable, sans réserve ?

Vincent Denault : Non, on ne peut s’y fier catégoriquement et sans réserve. Ce n’est qu’un outil supplémentaire parmi plusieurs autres, elle n’est qu’une pièce d’un plus gros casse-tête et les formules magiques n’existent pas. D’ailleurs, lorsqu’il est question de communication non-verbale, encore faut-il avoir une bonne capacité d’observation, d’analyse et d’adaptation. L’observation permet de repérer les drapeaux rouges, l’analyse permet de mettre en balance les drapeaux rouges les uns avec les autres avec d’autres informations afin de bien les interpréter et la capacité d’adaptation permet d’ajuster son approche afin de poser de la bonne façon au bon moment les bonnes questions et les questions subséquentes.

Hugues Hippler : Quelle est la perception de vos collègues au sujet de l’importance de cet outil dans la profession d’avocat ?

Vincent Denault : Certains avocats y voient comme moi un supplément, alors que d’autres sont plutôt sceptiques. Albert Mehrabian est si mal cité. Quand mes collègues entendent ou lisent que les mots représentent catégoriquement et sans réserve 7% du message transmis lors d’un échange entre deux individus… C’est inexact comme vous le savez ! (voir l’article “les chiffres de Mehrabian“) Je ne peux pas leur reprocher un tel scepticisme vu l’évidente difficulté à laquelle ils sont confrontés pour distinguer le vrai du faux dans tout ce qui est dit et écrit au sujet de la communication non-verbale. Un individu qui croit que les mots représentent toujours, catégoriquement et sans réserve, 7% du message transmis lors d’un échange entre deux individus pourrait accorder une attention disproportionnée aux indices non-verbaux. Il pourrait donc risquer d’accorder moins d’attention ou simplement ignorer d’autres indices verbaux encore plus révélateurs qui, s’ils étaient appréciés à leur juste valeur, pourraient favoriser une communication sincère et efficace. Doit-on le rappeler, si l’importance de la communication non-verbale est indéniable, l’importance des mots l’est tout autant.

Hugues Hippler : À votre avis, quel est l’avenir et quelles sont les limites de la communication non-verbale dans le milieu juridique ?

Vincent Denault : Pour tous les intervenants du milieu juridique, du policier au juge en passant par l’avocat, tout indique que la communication non-verbale pourrait avoir un impact de plus en plus important dans un avenir très proche. Au cours des 40 dernières années, la science a fait un pas de géant en la matière. Je suis extrêmement curieux de savoir quels seront les progrès dans les 40 prochaines années. Au niveau des limites de la communication non-verbale, il est à prévoir qu’avec l’avancement de la science, plusieurs débats auront lieu devant différentes instances lorsque viendra le temps de mettre en application de nouveaux outils visant à mieux comprendre cet aspect silencieux de la communication.
Hugues Hippler : Retrouvez Vincent Denault sur son site et son blog : vincentdenault.ca

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