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ANALYSE : Les pleurs d’Anders Breivik

Le 22 juillet 2011, Anders Behring Breivik tua 77 personnes en Norvège. Au début de son procès il versa quelques larmes, a t’il réellement ressentie de la tristesse ou a t’il simulé ses pleurs ? Que peut nous livrer sa communication non verbale?

Anders Breivik ateur d’un massacre de 77 personnes en Norvège. Lors de son procès il a reconnu avoir posé la bombe qui a causé huit morts au siège du premier ministre travailliste à Oslo le 22 juillet 2011. Puis avoir exécuté durant près d’une heure, déguisé en policier, soixante-neuf membres de la jeunesse travailliste réunis en camp d’été sur l’île d’Utoeya.
Le 16 avril 2012, 1er jour de son procès Anders Breivik a essuyé quelques larmes, mais pas pour les victimes. Anders Breivik a essuyé quelques larmes au moment lors de la projection dans le tribunal d’un film de douze minutes de propagande qu’il avait mis en ligne le jour des attaques. «Il s’est senti désolé pour lui-même, pas pour les familles», a déclaré une avocate des familles de victimes.De fait, l’accusé s’est montré totalement impassible lorsque le procureur a lu l’acte d’accusation et énuméré le nom des 77 victimes. Puis lors de la diffusion d’un film de surveillance très difficile et jusque-là inédit de l’explosion à Oslo, où des personnes se dirigeant vers la camionnette piégée, au moment de son explosion près du siège du gouvernement. Un appel téléphonique d’une jeune fille depuis l’île d’Utoeya a également été diffusé, peu avant la fin de la première journée d’audience, vers 15 heures.

La vidéo suivante est un extrait du premier jour d’audience, dans lequel Anders Breivik a essuyé quelques larmes :

L’expression faciale de la tristesse se compose de deux principales contractions musculaires l’une est l’élévation interne des sourcils (AU1*) et l’abaissement du coin des lèvres (AU15). L’abaissement du coin de lèvres est souvent accompagné de la contraction de la houppe du menton (AU17). L’apparition conjointe de ses indices est un pattern typique de la tristesse (voir photo ci-contre). Observons nous alors cette expression sur le visage de Breivick lorsqu’il essuie ses larmes ?

Sur l’extrait de l’audience dont nous disposons seulement une partie de l’expression de tristesse est observable sur le visage de Breivik. Dans les images précédentes nous observons seulement l’abaissement des coins des lèvres de Breivick (photo ci dessous). Conjointement à l’abaissement du coin des lèvres nous observons la contraction de la houppe du menton. Ceci est observable car celle ci semble remonter vers le haut lorsqu’elle est contractée. (photo 2 = expression neutre).

Cependant, sur la photo précédente, nous remarquons que les soucils ne bougent pas. Ce qui est aussi le cas sur toute la durée de la vidéo, à aucun moment les sourcils n’expriment de la tristesse. Nous avons alors deux cas de figures : 1) L’émotion de tristesse est légère est seule la bouche est expressive, ce qui est possible. 2) L’expression de tristesse peut être simulée par Breivik. En effet, il est important de remarquer que l’expression de tristesse au niveau des sourcils solicite un muscle fiable, c’est à dire que c’est un mouvement dure à réaliser de manière volontaire et donc à simuler. Par conséquent lors de la  simulation d’une émotion de tristesse l’expression des sourcils est souvent absente, ce qui peut être le cas  dans cette vidéo. Ajoutons à cela le fait que Breivick essuie des larmes avec sa main droite mais aucune larmes n’est concrètement observable. L’absence d’expression des sourcils et l’absence de larmes peuvent plaider en faveur d’une émotion de tristesse simulée.
Cependant d’autres indices montrent qu’une émotion est réellement ressentie. Par exemple au début de la vidéo est le teint de Breivik est rouge. Puis au fur et à mesure il retrouve un teint normal à la fin de la vidéo, vous pouvez observer cette différence de teint sur les photos précédentes. De plus la fréquence des clignements de paupières avec 15 clignements de paupières en 22 secondes, au lieu de 12 à 20 clignements par minute peut plaider pour la présence d’une émotion, surtout au début de la vidéo. De plus, il baisse les yeux et la tête a plusieurs reprises, items qui accompagnent souvent l’expression de tristesse. Néanmoins, l’absence de l’expression des sourcils est un indice qui manque cruellement pour plaider pour une émotion de tristesse authentique.Tout au long de la vidéo Breivik ressent un certain dégoût. En effet, la zone autour du nez se contracte (AU10) plusieurs fois. Ce mouvement remonte les narines et hausse légèrement la lèvre supérieure. Il y a alors apparition de rides verticales qui vont des ailes du nez aux extrémités de la bouche. (Photo 2 = expression neutre).

En résumé, selon les indices que nous avons observé tout au long de la vidéo nous sommes en mesure de dire que Breivik a ressentit du dégoût une grande partie de la vidéo. En ce qui concerne la tristesse elle est soit légère, soit simulée. En effet, nous nous sommes posé la question de la véracité de la tristesse, surtout à cause de l’absence de l’expression des sourcils qui est un muscle fiable dans cette émotion. Au delà la description des émotions ressenties il est intéressant de creuser pour quelles raisons elles le sont, pourquoi a t’il ressentit du dégoût et pourquoi a t’il été ému en voyant sa vidéo de propagande?
* AU signifie Action Unit. Ce codage est issu d’un système de codage le FACS (Facial Action Coding System) des expressions faciales établit par Ekman et Friesen en 1978. Chaque AU correspond a une action, contraction musculaire.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie. Auteur du livre "Le Mensonge : Psychologie, applications et outils de détection".

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