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L’émotion du vrai slumdog millionaire

Jusqu’à présent slumdog millionnaire n’était qu’un film a grand succès ayant remporté 4 golden globes et 8 oscars. Le film étant l’adaptation d’un roman de l’écrivain indien Vikas Swarup. Aujourd’hui, l’Inde a un vrai Slumdog Millionnaire. Que pouvons nous alors observer dans sa communication non verbale, après sa victoire?
Un employé gouvernemental d’une région isolée et pauvre de l’Inde, vient de gagner à la version indienne de “Qui veut gagner des millions?”. Sushil Kumar âgé de 26 ans a répondu correctement à la dernière question du programme télévisé et empocha alors le gros lot de 50 millions de roupies (environ 700 000 euros). Comme qu’informaticien Sushil Kumar avait un salaire de 85 euros par mois. Il ne possédait d’ailleurs pas de télévision, c’est alors en se rendant chez ses voisins pour regarder le programme télévisé, que ses derniers l’ont poussé à s’inscrire à l’émission “Qui veut gagner des millions?”.
Sur la photo ci contre Nous pouvons voir la première réaction du candidat, qui lève les bras au ciel en criant. Ici la fonction de mouvements des bras du candidat et de présentateur télévisé sont différentes. Pour le candidat c’est l’expression d’une émotion positive alors que du point de vue du présentateur il y a en plus une fonction de “pointage”: il montre, désigne le vainqueur.
Nous allons plus particulièrement nous intéresser à deux extraits de la vidéo précédente : extrait 1 : t=16s à t=30s, extrait 2 : t=35s à t=53s. Les deux extraits étudiés contiennent des dynamiques de communications non verbales très différentes de la part du candidat et du présentateur.
Dans un premier temps nous constatons que dans l’extrait 2 l’animateur a la main posé sur l’épaule du candidat alors que dans l’extrait 1 le présentateur a retiré sa main. De nombreuses études ont montré que le toucher joue un rôle particuliers dans la communication comme un rôle de persuasion et de domination. Le dominant peut se permettre de toucher le dominé, en marquant sa supériorité hiérarchique. Dans la vidéo, le présentateur est en position de pouvoir par rapport au candidat : c’est son émission et c’est lui l’animateur. Il se permet donc, de manière non consciente, de toucher le participant en posant sa main sur l’épaule (extrait 2). Cependant lorsque le candidat est invité à s’exprimer par une journaliste (extrait 1), le candidat se met à parler et l’animateur retire sa main de l’épaule du candidat. En retirant sa main posée l’animateur laisse en quelque sorte de la place au candidat pour qu’il puisse correctement s’exprimer. Nous pouvons d’ailleurs observer un comportement non verbal relativement différent du candidat dans les deux extraits.
Lorsque l’animateur a la main posé sur le candidat (extrait 2) celui ci ne parle pas pendant que l’animateur parle aux médias. Le visage, la tête, les yeux et le corps du candidat restent très immobiles comme figés. Seule la haute fréquence des clignements de paupières montrent, à ce moment là, sans doute son émotivité mise sous contrôle.
Par contre à partir du moment où le candidat, interrogé par les journalistes, se met à parler, le présentateur retire sa main de l’épaule, comme pour laisser de la place au candidat dans l’espace locutoire (extrait 1). La communication non verbale du gagnant devient plus expansive, la tête est mobile, les yeux bougent et plusieurs haussements de sourcils viennent appuyer le discours. Cette différence dans le langage du corps s’explique, au delà du fait que La différence de communication non verbale s’observe aussi dans les sourires produits, comme nous pouvons le constater sur les photos suivantes :
Nous observons ici deux types de vrais sourires car dans les deux photos le muscle entourant l’oeil est contracté. L’orbiculaire de l’oeil se contracte dans un vrai sourire, ce qui n’est pas le cas dans un faux. De plus, la bouche forme un sourire, la différence étant que dans la première photo la bouche est ouverte alors que dans la seconde photo la bouche est fermée. Dans la photo de droite (extrait 2) le contrôle exercé sur le sourire est fort : la bouche est pincée et le candidat baisse la tête lorsqu’il commence à sourire, comme un signe de pudeur et de contrôle de l’émotion. Par contre dans la photo de gauche (extrait 2) le sourire est largement montré et assumé : la bouche est ouverte et la tête a une position neutre, (Pour plus de détails sur le sourire voir: “Le sourire et ses multiples formes”). Pour conclure la communication non verbale véhiculée par le gagnant Sushil Kumar de la version indienne “Qui veut gagner des millions?” parait relativement pudique et l’émotion contrôlée.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie. Auteur du livre "Le Mensonge : Psychologie, applications et outils de détection".

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