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Le mouvement comme émotion !

Nous sommes confrontés aux émotions tous les jours. Nous les percevons et les ressentons au quotidien, aussi bien de manière proprioceptive que chez nos interlocuteurs. Mais qu’est ce qu’une émotion? Quel lien peut elle avoir avec l’idée de mouvement?

Le concept d’émotion peut sembler simple et évident à définir mais il ne l’est pas. Les scientifiques n’arrivent pas à s’entendre sur une définition. Néanmoins une notion semble être au coeur même de ce concept d’émotion : c’est l’idée de mouvement. D’ailleurs le mot “émotion” vient du latin “emovere, emotum qui signifie enlever, secouer et de “movere” se mouvoir. L’émotion ne fait que passer, elle ne dure que quelques secondes ou quelques minutes (Ekman, 1995). La première idée de mouvement est donc celle de durée : lors de son passage l’émotion secoue l’être. La deuxième idée de mouvement est celle de mouvement à proprement parler. L’émotion s’exprime au travers des muscles qu’elle fait bouger, et provoque des comportements non-verbaux. Le mouvement des muscles exprime l’émotion, mais leur mouvement aide t il aussi à ressentir l’émotion?

Une pratique en plein développement, le botox a pour effet de paralyser les muscles où il est injecté. L’action de paralysie du botox permet une disparition temporaire des rides. Une étude sur les effets du botox (Havas et al. , 2010) vient de mettre évidence que paralyser certains muscles faciaux altère la perception de ses propres émotions, lors de la lecture d’un texte. Suivant le muscle cible de l’injection, la valence de l’émotion altérée change. Par exemple l’injection de botox autour de la bouche semble altérer la perception des émotions positives. Alors que l’injection de botox dans le front semble davantage affecter le ressenti des émotions négatives. En immobilisant certains muscles du visage le botox efface aussi bien des rides que des émotions. Nous savons que la communication non-verbale permet d’exprimer les émotions et qu’elle aide aussi à la construction du discours verbal. A la suite de cette expérience nous pouvons donc nous demander si être immobilisé modifie l’expression verbale?

Dans une étude (Rimé et al., 1984) les expérimentateurs ont conçu un fauteuil qui permettait d’immobiliser certaines parties du corps. Quatre accessoires de fixations étaient prévus pour réduire les mouvements : de la tête, des bras, des jambes et des pieds. Le sujet installé sur la chaise était ensuite amené à parler dans un dialogue ouvert avec l’expérimentateur pendant une heure. Dans ce temps de parole plusieurs phases, d’immobilisation ou de non immobilisation des membres, étaient respectées. Les résultats montrent qu’en phase d’immobilisation, il y avait une compensation de la perte de mobilité par une augmentation des mouvements des sourcils, des yeux et des doigts lorsque le sujet parlait. Les résultats montrent également que le discours devenait davantage abstrait et que la production verbale diminuait tout au long du temps d’immobilisation. L’immobilisation modifie donc le contenu sémantique du discours et diminue la production verbale.
Le mouvement, comme durée et comme mouvement musculaire, semble donc être au coeur même de la notion d’émotion. Il semble être nécessaire aussi bien d’un point de vue expressif que proprioceptif. La dimension coverbale de la communication non verbale, fait que le mouvement semble également jouer un rôle important dans la production verbale. Le mouvement musculaire semble donc énacter, faire émerger, les émotions mais aussi la pensée!

Article publié par Hugues Delmas.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie. Auteur du livre "Le Mensonge : Psychologie, applications et outils de détection".

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