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Croyances des policiers vis-à-vis des expressions faciales du mensonge

La performance de détection du mensonge est faible : environ 50%. Les enquêteurs de police et les civils n’y échappent pas et ont d’ailleurs un taux de détection similaire. Seuls les agents du renseignement ont de meilleures performances. Une raison pouvant expliquer cette performance médiocre est la présence de nombreux stéréotypes à propos du comportement mensonger. Les personnes se focalisent sur des indicateurs non pertinents pour évaluer la crédibilité, les conduisant alors à un faible taux de détection du mensonge.

Les croyances les plus répandues consistent à considérer que le menteur a le regard fuyant, gesticule davantage et affiche de nombreux tics faciaux. En fait, le menteur est avant tout considéré comme nerveux et stressé. Cependant ce n’est pas forcément cas. De plus, les personnes disant la vérité peuvent aussi être stressées pour de nombreuses autres raisons que le mensonge (e.g. peur de ne pas être cru). Cette erreur peut alors conduire les professionnels à considérer qu’une personne sincère ment simplement parce qu’elle est nerveuse (par exemple erreur d’Othello). La validité des connaissances des personne est d’ailleurs en lien avec leur performance de détection du mensonge. Plus les personnes ont des connaissances correctes au sujet du mensonge, mieux elles évaluent la crédibilité d’autrui. Étudier les croyances revêt donc une importance particulière.

Les croyances au sujet des expressions faciales n’avaient pas été étudiées de manière exhaustive, ni sur une population de civils et d’enquêteurs de police français, c’est ce que Delmas, Elissalde, Rochat, Demarchi, Tijus et Urdapilleta ont réalisé (2018).

Des enquêteurs et des civils ont évalué 54 photos d’expressions faciales décrites avec le Facial Action Coding System (le système de codage des mouvements faciaux le plus utilisé). Par exemple, le froncement des sourcils (codé AU 4), l’écarquillement des yeux (AU 5), les lèvres pressées (AU 24), etc. Pour chaque expression faciale, les participants devaient déterminer si elles étaient caractéristiques du mensonge ou non.

Regard fuyant et mouvements de bouche comme croyances

Les résultats ont mis au jour de nombreuses croyances à propos du visage mensonger. Ainsi, les différentes directions du regard fuyant (regarder vers le bas, 64, le haut, 63, à droite, 62, et à gauche, 61) ont toutes étaient fortement reliées au mensonge. De plus, plusieurs mouvements de bouche comme se mordre (AD 32), se lécher (AD 37), presser (AU 24) et se sucer (AU 28) les lèvres ont été considérés comme plus présents lors du mensonge. Cette vision du visage mensonger est conforme aux stéréotypes puisque ces mouvements faciaux expriment de la nervosité.

Les enquêteurs et les civils ont partagé 94% de leurs croyances, suggérant que l’expérience professionnelle ne modifie pas les représentations vis-à-vis du mensonge. Cette observation est conforme à la littérature montrant que les professionnels du système judiciaire, comme les juges et les experts, n’ont pas de croyances différentes que les civils.

Enfin, les enquêteurs ont eu 39% de connaissances correctes. Bien que ce taux soit supérieur à ceux précédemment observés, il reste insuffisant pour des professionnels pouvant être amenés à se questionner sur la crédibilité de déclarations. L’erreur principale des enquêteurs a été d’associer des indicateurs faciaux au mensonge alors qu’en réalité ils ne sont pas pertinents (e.g. faux sourire).

En identifiant clairement les expressions faciales sujettes aux croyances, cette recherche vise la diminution des stéréotypes. En effet, d’un point de vue pratique, cette étude permettrait de sensibiliser les enquêteurs aux biais occasionnés par ces croyances afin de limiter leur impact au cours des auditions.

Référence : Delmas, H., Elissalde, B., Rochat, N. et al. J Nonverbal Behav (2018). https://doi.org/10.1007/s10919-018-0285-4

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie, il dirige d'ADN Research (département de recherche d'ADN Group). Il anime également le site dédié à la détection du mensonge : www.vousmentez.com.