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Mimétisme et empathie en consultation médicale

mimétisme La communication est centrale dans la relation d’aide. Dans un premier temps, les chercheurs de la communication en santé se sont centrés sur les échanges des expressions verbales émotionnelles. Ces travaux ont permis une meilleure compréhension des relations entre l’empathie, le mimétisme et le langage émotionnel utilisé lors des interactions patients – médecins.

Les expressions non-verbales émotionnelles ont alors été moins étudiées. Une des principales raison était le peu de développement théorique au sujet des expressions émotionnelles dans le cadre des entretiens, et de leurs applications dans le champs de la santé.

Puis les théories de la cognition incarnée (embodiment) ont fait évolué les pratiques. En effet, ces théories suggèrent qu’en adoptant des postures ou des expressions faciales spécifiques aux émotions, les personnes vont ressentir les émotions associées. Par exemple, par le fait même de sourire volontairement (alors que vous ne ressentez pas d’émotions particulière), vous allez vous sentir plus heureux par la suite. Le mouvement génère l’émotion.

Involontairement nous allons imiter les expressions d’autrui afin de mieux comprendre les sentiments d’autrui, c’est l’hypothèse dite du matched motor. Selon celle-ci, le mimétisme comportementale est une réponse moteur automatique reflétant une perception du comportement associé. Ce mimétisme spontané permet d’ailleurs une meilleure identification des états émotionnels d’autrui, et joue un rôle central dans la séduction. Le mimétisme peut être défini de manière générale comme : « faire ce que les autres font ». Cela consiste alors en la réalisation de comportements verbaux (utiliser le même champs lexical) et/ou non-verbaux (utiliser les mêmes gestes ou expressions faciales).

Mimétisme du non-verbal

Zou et Fischer (2018) ont exploré la relation entre les émotions non-verbales et la perception de l’empathie du point de vue du patient dans le cadre de consultations médicales simulées.

Dans des consultations médicales simulées, vingt cliniciens étaient aléatoirement assignés au groupe expérimental (imiter les émotions non-verbales du faux-patient) ou au groupe contrôle (pas d’instruction particulière). Un premier score d’empathie des cliniciens était obtenu avant la simulation de la consultation. Ensuite, l’empathie relationnelle a été évaluée par les faux-patients après la consultation.

Les résultats ont été les suivants. L’imitation volontaire des émotions non-verbales a duré plus longtemps que le mimétisme spontané. Le mimétisme volontaire était relativement peu lié à l’amélioration de l’empathie relationnelle. En fait, les patients se sont davantage sentis considérés comme une personne à part entière avec le mimétisme spontané de la part des cliniciens. De plus, les cliniciens ayant fait preuve de davantage de mimétisme spontané ont estimé que les consultations se déroulaient mieux. En clair, l’imitation spontanée des émotions a davantage d’effet sur la perception de l’empathie que l’imitation volontaire.

Ces observations permettent de mieux comprendre comment le mimétisme du comportement non-verbal émotionnel contribue au développement de l’empathie relationnelle lors des consultations. Les futures recherches pourront approfondir les différences entre le mimétisme du comportement, volontaire ou spontané, dans la relation d’aide.

Référence : Zhou and Fischer. (2018). Mimicking non-verbal emotional expressions and empathy development in simulated consultations: An experimental feasibility study. Patient education and counseling. 101(2), 304-309.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie, il dirige d'ADN Research (département de recherche d'ADN Group). Il anime également le site dédié à la détection du mensonge : www.vousmentez.com.