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Expression des émotions lors du mensonge

L’étude des comportements non verbaux fait couler beaucoup d’encre lorsqu’il s’agit de déterminer ceux apparaissant lors du mensonge. Toutefois toutes ces années de recherche ont permis de montrer qu’il n’existe pas d’indicateur permettant de systématiquement déceler la tromperie. En effet peu de résultats concluants sont apparus en étudiant les indicateurs de manière isolée comme les micro expressions. L’étude des comportements en cluster, c’est-à-dire en groupement d’indicateurs, semble plus intéressante.

Matsumoto et Hwang (2017) ont étudié des clusters de comportements non verbaux en fonction de différents types de questions. Voici leur protocole. Les participants devaient soit prendre un chèque de 100 dollars (les menteurs) soit juste le regarder (les personnes devant dire la vérité). Tous les participants devaient ensuite dire qu’ils n’avaient pas volé le chèque. Ils étaient interrogés avec des questions ouvertes (Décrivez tout ce que vous avez fait dans la pièce) ; des questions directes (Avez-vous volé le chèque ?) ; et des questions challenges (Que devrait-il arriver à quelqu’un qui a volé l’argent et qui a été pris ?).

A partir des réponses, les expressions faciales émotionnelles (joie, peur, colère, dégoût, surprise, mépris et tristesse) étaient codées avec un logiciel d’analyse automatique. Les hochements de la tête, les haussements d’épaules et plusieurs autres gestes étaient analysés. Plusieurs caractéristiques de la voix étaient aussi prises en compte comme son timbre.

Les questions ouvertes ont permis de correctement identifier la vérité et le mensonge à hauteur de 68%. Les menteurs présentaient plus d’émotions de peur et de tristesse, avaient un ton de voix plus bas, une intensité vocale plus élevée et des réponses plus courtes que les personnes disant la vérité.

Quant aux questions challenges, 66% des menteurs et des véridiques pouvaient être distingués. Dans ce cas, les menteurs ressentaient plus de colère, de dégoût, de peur, de tristesse et de surprise. En revanche ils souriaient moins et leur ton de voix était plus bas.

Les questions directes ne permettaient pas d’identifier les personnes non authentiques. De plus, lorsque les expressions non verbales étaient considérées séparément (uniquement la peur, seulement les hochements de tête, etc.) aucune d’entre elles ne permettaient de différencier le mensonge de la vérité et cela quelle que soit la question posée.

Il est apparu que les questions ouvertes sont celles qui permettaient de faire ressortir le plus d’indicateurs à observer pour détecter le mensonge. Les résultats de cette recherche confirme que l’analyse des indicateurs non verbaux et vocaux en clusters est une démarche bien plus pertinente que leur analyse de manière isolée. Par ailleurs, le type de question semble modifier les émotions primaires et les indices pertinents du mensonge. Il est donc primordial de prendre en compte de la méthode d’interrogation dans l’observation de la communication non verbale.

Référence : Matsumoto, D., & Hwang, H. C. (2017). Clusters of Nonverbal Behaviors Differ According to Type of Question and Veracity in Investigative Interviews in a Mock Crime Context. Journal of Police and Criminal Psychology, 32(71), 1–14.

À propos Hugues Delmas

Docteur en psychologie, il dirige d'ADN Research (département de recherche d'ADN Group). Il anime également le site dédié à la détection du mensonge : www.vousmentez.com.