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Terrorisme: trois émotions dans l’escalade de la haine

angry manDepuis de nombreuses années les attaques terroristes augmentent et suscitent l’émoi collectif. Tous, le peuple, les médias, les politiques expliquent cet élan fraternel et solidaire par « l’émotion » provoquée. L’émotion, a un rôle fondamental d’adaptation et de survie des individus et par extension, du groupe. Cependant, les émotions peuvent-elles conduire des individus à commettre des actes de violence ? Le Professeur Matsumoto (2012) a étudié la question.

Un vécu commun, ciment du groupe

Les réactions collectives émotionnelles sont construites autour de l’histoire ou de l’origine communes au groupe. Elles ont un rôle de régulation sociale des comportements et fournissent des lignes directrices pour avoir des références intra et inter-groupe. Il est donc capital de comprendre le fonctionnement émotionnel, le comportement de l’individu et de celui du groupe pour prévenir des actes d’hostilités et de violence. Et particulièrement trois émotions:

La colère prépare l’individu à agir face à un « obstacle » perçu comme dangereux, pouvant lui porter atteinte à lui ou à la satisfaction de ses besoins. Le mépris permet de communiquer notre évaluation négative des actions de l’autre ou des autres en incluant des notions de statut, de hiérarchie et de morale. Le dégoût – donnant lieu au sentiment de répugnance, et au comportement de répulsion – sert à éliminer ou rejeter un agent pathogène (physique ou social, matériel ou immatériel). La colère se concentre sur les personnes ou les groupes, tandis que le mépris et le dégoût se concentrent sur ce que sont les personnes ou les groupes.

Le dégoût joue un rôle particulier dans la compréhension du terrorisme et de la violence. Les études sur les émotions montrent que le dégoût et le mépris – et non la colère – contribuent à l’éclatement des relations. Le dégoût dispose d’une facette « morale » faisant fréquemment appel aux croyances communes pour sanctionner le comportement des personnes.

Les auteurs estiment qu’aujourd’hui le contexte du terrorisme en tant que phénomène mondial fait que le dégoût permet à l’individu de se positionner face à une situation et le dispose ainsi à agir en conséquence. Ainsi, lorsqu’une personne ou un groupe fait quelque chose de « mauvais », la colère se concentre sur l’acte et non sur la personne laissant éventuellement la possibilité d’une future réhabilitation. Alors que le dégoût se concentre non pas sur l’acte, mais sur la personne ou le groupe, ne laissant aucune place à la réhabilitation mais seulement à l’élimination. La violence et la haine résultent directement de l’endoctrinement planifié, prudent et méthodique de la haine au sein les groupes terroristes, idéologiquement confessionnels. Ce cadre théorique repose sur des émotions liées à la moralité.

Une théorie triarchique de la haine

Les auteurs proposent un modèle triarchique de la haine basé sur la colère, le mépris, le dégoût et la peur :

- 1 La négation d’intimité (provenant du dégoût)

- 2 La passion (provenant de la colère et de la peur)

- 3 L’engagement (provenant de la dévaluation et la diminution des autres par le mépris)

La haine se propage via des histoires. Elles fournissent aux dirigeants des groupes subversifs, le terrain identitaire sur lequel les émotions partagées peuvent être développées, encouragées, entretenues ou tout simplement éteintes. La haine se construit souvent sur les thématiques suivantes : « impurs » vs « purs » ; « personnes immorales » vs « personnes morales » ; etc. Les récits chargés d’émotions facilitent la haine des autres qui, avec le temps enclenche un phénomène de confirmation. Les récits ensuite s’auto-entretiennent.

Trois phases conduisant au passage à l’acte

Selon les auteurs, trois conditions doivent être réunies pour un passage à l’acte violent :

- 1 : L’outrage à la personne ou au groupe (colère)

- 2 : Le sentiment de supériorité de la personne ou du groupe (mépris)

- 3 : La volonté d’éliminer l’agent pathogène (dégoût)

La haine basée principalement sur la colère et le mépris, ne conduira probablement pas à la violence ou à l’hostilité, il faut y ajouter un catalyseur : le dégoût.

Une utilisation judicieuse des canaux de communication

L’utilisation judicieuse de la langue et des comportements non verbaux peut soit motiver ou désamorcer les situations qui conduisent à inciter l’action. Pour cela, les auteurs ont analysé des discours politiques prononcés au cours des dernières décennies. Seuls les discours contenant de la colère, du mépris et du dégoût ont conduit à l’accomplissement d’actes violents. D’autres observations ont permis de constater que dans les expressions faciales, les écrits et les discours de certains dirigeants (Hitler, Milosevic, Ben Laden, etc.) il y avait une escalade du dégoût qui menait également à la réalisation d’actes de violence.

Référence: Matsumoto et al., (2012), “The rôle of emotion in predicting violence”, FBI Law Enforcement Bulletin 

De Benjamin Elissalde

Rédacteur, spécialisé dans l'étude du comportement non verbal, la psychologie du mensonge et les entrevues d'enquête.

2 Commentaires

  1. Un très bon article. Nos formations sur la prévention et la gestion des individus agressifs et violents ont pour objectif d’intégrer cette dimension

  2. Merci Didier pour vos encouragements.
    Cordialement

    B.ELISSALDE

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