Accueil / Benjamin E / L’erreur d’Othello

L’erreur d’Othello

erreur d'othelloLes biais cognitifs sont des schémas de pensée susceptibles d’altérer notre jugement. Ces raccourcis mentaux, ont une incidence non négligeable sur la façon que nous avons d’interpréter une situation. Leurs conséquences sur les conclusions que nous formulons dans l’analyse et la compréhension du comportement humain peuvent s’avérer parfois préjudiciables. La recherche de la vérité ne déroge pas à la règle. Le plus connu de ces biais, a été baptisé par le professeur Paul Ekman, « l’ erreur d’Othello ». Mais pourquoi le dramaturge Shakespeare s’invite-t-il au cénacle des spécialistes en psychologie du mensonge ?

 Erreur d’Othello

« Othello, le maure de Venise » est une tragédie de William Shakespeare qui date du début 17ème siècle. Choisie par le professeur Paul Ekman, elle permet par analogie d’illustrer un biais cognitif pouvant apparaître dans la détection du mensonge et le risque qui en découle. Le personnage central de la pièce de théâtre, le général Othello, accuse son épouse, Desdémone, d’avoir une liaison amoureuse avec un de ses officiers, Cassio.  Othello convoque Desdémone et lui demande d’avouer son infidélité avant qu’il ne la tue pour la punir de son crime. La jeune femme clame son innocence et afin de démontrer sa bonne foi, elle demande à son époux de convoquer Cassio qui seul confirmera son innocence. Mais Othello informe alors Desdémone qu’il a fait exécuter le prétendu amant pour son affront. Desdémone comprend alors qu’elle ne pourra jamais prouver son innocence face aux accusations de son époux et qu’il va donc la tuer.

Quel enseignement pour la détection du mensonge ?

Othello est convaincu de l’infidélité de son épouse et de la trahison de son lieutenant. Ainsi, submergé par sa colère, dépassé par ses émotions, il est victime du biais de confirmation des hypothèses. Il n’interprète les éléments de la situation qu’en faveur de son argumentaire, rejetant toute possibilité pouvant l’infirmer. Mais « l’erreur d’Othello » est bien plus pernicieuse encore. En effet, la fermeté dont fait preuve Othello pour démontrer la faute de son épouse, génère chez elle des réactions de peur, qu’il interprète comme des preuves supplémentaires de sa culpabilité. Le manque d’objectivité d’Othello, l’empêche ainsi de considérer correctement les réactions de Desdémone qui ne sont que des réponses émotionnelles générées, non pas par le prétendu mensonge, mais par la peur de mourir et le désespoir de ne pouvoir prouver son innocence.

« L’erreur d’Othello » est donc un ensemble de biais qui conduisent à interpréter des indices stéréotypés comme étant en lien direct avec le mensonge alors qu’ils ne sont que des réponses générées pour d’autres raisons. Elle empêche de voir la vérité. Desdémone est ce que l’on appelle un faux positif. C’est à dire qu’elle n’est pas un menteur, mais que tous les indices qu’elle présente sont interprétés comme étant des indices de mensonge.

Dans l’approche émotionnelle du mensonge, la peur d’être pris peut mettre en évidence les patterns d’expression de la peur, de l’anxiété ou du stress. Mais cela ne signifie pas que la personne est en train de mentir. Il faut prendre en considération que pour un véridique, le contexte, la situation ou la peur de ne pas être cru, peuvent générer ce même type de réactions. Ce phénomène appelé « effet Hawthorne », décrit l’influence du contexte sur le comportement du sujet.

Pour se prémunir de cette erreur, il est nécessaire de connaître l’influence de l’ensemble des biais cognitifs, d’avoir une bonne connaissance des processus émotionnels, physiologiques et cognitifs, de considérer toutes les possibilités avant de donner un sens à nos observations et peut-être le plus difficile, de rester objectif.

Que retenir de cette allégorie ?

« L’erreur d’Othello » bien qu’utilisée pour illustrer un biais lié à la détection du mensonge, est transposable à toute analyse du comportement non-verbal. Au-delà d’une origine propre à l’individu, ses comportements peuvent être générés en réponse à des éléments externes, inhérents au contexte, à la situation et/ou à l’interaction. Retenons donc que :

-Notre comportement génère des réactions chez notre interlocuteur,

-Il n’y a pas d’indices comportementaux directement liés au mensonge,

-Mensonge ou vérité peuvent générer les mêmes réactions,

-Il faut rester objectif et considérer toutes les hypothèses.

De Benjamin Elissalde

Rédacteur, spécialisé dans l'étude du comportement non verbal, la psychologie du mensonge et les entrevues d'enquête.

Leave a Reply

Votre adresse éléctronique ne sera pas publiée.Les champs obligatoires sont marqués *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Scroll To Top