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Apprenez à repérer la gêne !

gêne

Les émotions sociales comme la gêne régulent les échanges. Mais quels sont les signes non verbaux de la gêne ? Quelles en sont les principales causes ? Et se produisent-ils de la même manière dans toutes les situations ? Voilà les sujets sur lesquels nous allons nous pencher dans cet article.

 Repérer la gêne

Nous sommes nombreux à avoir vu cette vidéo qui met en scène deux personnes ne se connaissent pas et à qui il a été demandé de s’embrasser pour la première fois. Au-delà du caractère attendrissant de la scène, il est évident qu’associée à l’action, une gêne claire est présente, visible, manifeste. La voyez-vous également ?

 

Nous sommes nombreux à pouvoir lire la gêne lorsqu’elle est manifeste. Mais qu’en est-il lorsque l’embarras est discret ou masqué ? Elle demeure malgré tout observable !

Les signes classiques à ce sujet sont multiples. En voici une liste non-exhaustive : évitement du contact visuel, changement de l’orientation du regard, perturbations de la parole, auto-contacts au niveau du visage, sourire nerveux et posture rigide.

En général il y a également un ensemble de signes qui apparaît dans le même ordre :

  1. Evitement du contact visuel ;
  2. Sourire contrôlé ;
  3. Sourire de type non-Duchenne (plus communément appelé « faux-sourire ») ;
  4. Second sourire contrôlé ;
  5. Tête qui s’incline vers le bas et des auto-contacts faciaux.

 

Il y a cinq principales causes à l’embarras : pour commencer, peut-on citer la perte de confiance en soi et les actions qui menacent l’identité sociale.

S’ajoutent une interaction au cours de laquelle on ne se conforme pas à une certaine étiquette sociale, ou au cours d’une action correctrice suite à une transgression des normes sociales. Enfin, une personne peut être embarrassée en raison d’une relation interpersonnelle qui montre que les liens sociaux sont menacés entre les interlocuteurs.

Toutes ces causes mènent à une conclusion : la gêne est provoquée pour une raison assurément sociale. Que ce soit l’évaluation sociale de l’homme en fonction de son environnement ou dans les relations immédiates qu’il entretient. Elle se produira de toute façon dans un cadre où les relations avec ce qui l’entoure sont perturbées, déstabilisées. C’est pourquoi les auteurs ont posé l’hypothèse suivante : la gêne doit donc être plus importante lorsque nous sommes entourés que lorsque nous sommes seuls.

38 personnes ont été testées. Sans savoir qu’ils étaient filmés, l’équipe de chercheurs leur a montré des photos de personnes nues, des couples mis en scène de manière érotique ainsi que des photos neutres. Les images demeuraient affichées pendant quelques secondes. Les participants effectuaient cette tâche seuls ou avec deux chercheurs dans la même pièce.

Deux constatations ont découlé de cette expérience. La première a conduit à penser que bien que l’embarras a été clairement plus visible face à certaines images lorsqu’elles étaient regardées accompagné plutôt que seul. Les chercheurs ont trouvé de manière générale moins de signes lorsque le participant était avec un inconnu dans la même pièce. Ce qui, si l’on considère le caractère social de la gêne, est plutôt surprenant. Une explication possible est celle de l’inhibition sociale des émotions. La présence d’une autre personne, comme l’ont démontré plusieurs études, efface les expressions faciales et estompe les démonstrations de signes non verbaux. Cependant, beaucoup d’autres études ont démontré le contraire.

Une autre explication peut être le phénomène de sous-compensation, selon lequel une personne ne voudrait pas être surprise dans une position de gêne à côté d’une autre afin de ne pas perdre une certaine forme de crédibilité sociale.

Le second résultat que l’équipe de Marco Costa a mis en lumière que les signes d’embarras étaient plus présents entre les affichages que pendant ceux-ci. Seul un tiers des gestes codés dans cette étude l’a été lors de l’affichage des images. Deux solutions à nouveau sont proposées pour expliquer ce phénomène.

L’affichage des images provoquant un choc social, les émotions ont probablement plus tendance à s’afficher lorsque la cause du choc disparaît. La seconde option est celle de l’attention divisée : la tâche cognitive impliquant de regarder les images a probablement occupé l’espace cognitif de telle manière à ce que les émotions ne transparaissent pas de suite. Une fois le stimulus coupé, les émotions ont pu prendre le dessus et transparaître.

Référence : Costa, Marco ; Wies Dinsbach ; Manstead, Antony S R ; Pio Enrico Ricci Bitti. (2001). Social presence, embarrassment, and nonverbal behavior Journal of Nonverbal Behavior; 25, 4; ProQuest Central pg. 225

De Frédéric Tomas

Frédéric Tomas est linguiste, et doctorant en psychologie. Sa spécialité concerne l'analyse du discours dans le but d'en dégager des informations psychologiques. Au-delà de ces études universitaires, Frédéric est également certifié détecteur en Micro-Expressions Faciales (METT) et Expressions Faciales Subtiles (SETT).

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