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Les mots de la crédibilité

Le langage du corps et les mots influencent énormément la perception de crédibilité que nous nous faisons de celui qui parle. Être crédible est une problématique essentielle pour les individus au quotidien. Ceci peut être d’autant plus crucial pour certaines professions comme pour les politiciens ou les avocats. Mais quels sont alors les indicateurs langagiers qui baissent la crédibilité de nos paroles? En d’autres termes, comment avoir un discours crédible aux yeux d’autrui, pour cela nous avons étudié l’impact des styles langagiers (powerful/ powerless) et la présence de la politesse sur la crédibilité perçue.
Il existe deux styles langagiers qui influencent différemment la formation d’impression que nous nous faisons des individus: le style powerless et le style powerful. Le style powerless peut être caractérisé par la présence d’hésitations (« humm »), de style indirect (« je pense que…), de questions rhétoriques (« n’est ce pas? ») et d’esquives (une phrase qui n’a rien avoir avec le sujet, par exemple « tu connais la dernière chanson de Lady Gaga? »). D’autre part, le style powerful est caractérisé par l’absence des indicateurs du powerless. La littérature sur les styles langagiers montre que le style powerful est perçu comme plus attractif, plus compétent et plus crédible que le style powerless (Erickson, Lind, Johnson & O’Barr, 1978). De plus, le style powerless contient des indicateurs qui sont des stéréotypes du mensonge comme les hésitations et le style indirect (Vrij, 2008). Ainsi le style powerless devrait baisser la crédibilité du discours.
La théorie de la politesse de Brown et Levinson (1987) explique les processus linguistiques employés dans la politesse. Selon les auteurs il existe deux stratégies de politesse : la politesse négative et la politesse positive. La politesse négative consiste à préserver le désir d’autonomie de l’interlocuteur alors que la politesse positive vise à conserver le désir d’affiliation et de reconnaissance de l’interlocuteur. La politesse positive est caractérisée par des compliments (« tu es bien habillé aujourd’hui »), des amadoueurs (« mon ange ») et des désarmeurs (« je ne veux pas te déranger mais… »). Parallèlement, il a été montré que les mots positifs augmentent la crédibilité du discours des individus (DePaulo, Rosenthal, Rosenkrantz, 1982). Ainsi, vu que la politesse positive contient un certain nombre d’indicateur ayant une valence positive, la présence de la politesse positive devrait augmenter la crédibilité perçue du discours.
Pour tester ces hypothèses, des vidéos ont été tournées mettant en scène un échange entre deux interlocuteurs. Les scénarios mettent en scène une problématique de la vie quotidienne, dans laquelle le locuteur fait une requête à l’interlocuteur, qui la refusait systématiquement. C’est dans les justifications du refus de la demande que le mensonge potentiel pouvait prendre aux yeux des sujets interrogés. Dans ces scénarios de bases nous ajoutions les indicateurs du style powerless ou de la politesse positive, suivant les différentes conditions expérimentales. Les sujets interrogés devaient évaluer la crédibilité, la nervosité, la gravité du mensonge ainsi que d’autres items.
Les résultats montrent que le style powerful a été perçu comme plus crédible et moins nerveux que le style powerless (hésitations, style indirect, esquives et questions rhétoriques). La crédibilité et la nervosité ont été relié par une corrélation négative, c’est à dire que plus les individus été perçu comme nerveux plus ils étaient perçus comme peu crédible. Ces résultats sont cohérents avec la littérature existante qui montre que la nervosité est un stéréotype des comportements mensongers (Vrij, 2008).
La présence de la politesse a bien été perçue comme plus polie que son absence. Il ressort donc que les indicateurs utilisés (compliments, amadoueurs et désarmeurs) sont bien perçus comme des items langagiers pouvant exprimer la politesse. De plus, la présence de la politesse positive a augmenté la gravité des mensonges. La politesse positive a pour but de flatter et de complimenter l’interlocuteur. Il semble donc que produire un mensonge, tout en flattant la cible du mensonge, est perçu comme une stratégie de manipulation pour mieux faire passer le mensonge. L’emploi de cette tactique de manipulation perçue augmenterait la gravité du mensonge.
En conclusion, la manière de parler, les styles langagiers modifient considérablement l’image de crédibilité que nous véhiculons. D’un point de vue verbal, pour maximiser la crédibilité de notre discours, il convient de produire un discours sans hésitations, sans style indirect, sans esquives et sans questions rhétoriques, ceci indépendamment du contenu même du discours. Le discours peut être aussi bien policé que non policé, car selon les résultats il semble que la politesse n’influence pas la perception de la crédibilité. Ces données peuvent être concrètement appliquées dans l’analyse de discours et de production verbale, pour un exemple voir : « La nouvelle crédibilité de François Hollande ».

Publié par Hugues Delmas

Références:

De Hugues Delmas

Fondateur et rédacteur en chef

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